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Interview

luxe magazine
 
Chantal THOMASS
Créatrice de lingerie de Luxe

 

Des crépitements de flashes, des demandes d’autographes et une femme gracile, presque fragile, qui se prête à ce jeu.
Nous venons de passer deux heures dans l’intimité de celle qui habille la nôtre depuis tant d’années.

Deux heures de confessions et de témoignages où, fidèle à elle–même, Chantal Thomass a dévoilé tout, ou presque, mais toujours avec ce qu’il faut de pudeur et d’élégance.
Avec sa voix fluette et presque un peu timide elle nous propose de « raconter un peu ce que j’ai fait » et le récit commence, exquis …

Dans les années 1960, la jeune Chantal aime sortir et s’amuser, elle aurait bien porté autre chose qu’une jupe plissée et des chaussettes blanches mais voilà à l’époque cela n’existe pas. Elle décide donc de fabriquer elle-même ses vêtements. Avec l’aide d’un ami des beaux arts, elle peint des tissus et en fait des robes trapèzes simples mais tellement nouvelles…
Elle veut faire de la mode mais n’envisage pas de faire l’école de couture de la Chambre Syndicale de Paris, beaucoup trop conventionnelle pour cette jeune femme pleine de fougue et d’envies.
Peu importe puisque dans la rue on l’arrête en lui demandant d’où viennent ses vêtements. C’est le début de l’aventure Ter et Bantine, un style bohème et plein d’humour qui fait craquer Brigitte Bardot et le café des arts à Saint TROPEZ où Chantal défile les soirs d’été.
A partir de 1975, Chantal commence à défiler sous son patronyme, elle a envie d’un autre style qui se nourrit notamment de sa passion pour les pièces de lingerie des années 1920-1930. Sous les chemisiers fluides apparaissent des soutiens-gorges pigeonnants, des guêpières féminisent une veste d’homme…. Les dessous prennent le dessus.
Chantal analyse avec pertinence le marché de l’époque en rappelant que les féministes des années 1970 sont maintenant des femmes de trente ou quarante ans qui s’étaient détournées de la lingerie pour revendiquer l’égalité des sexes mais qui, la chose acquise, souhaitaient pouvoir se réapproprier les codes de la féminité. Or rien n’existe, les marques de lingerie historiques proposent alors des produits d’un esthétisme et d’un confort désuet.
Chantal se lance, c’est le succès !
Elle évoque cette période avec gourmandise et convoque à son récit tout ce que la mode française comptait de plus précieux à cette époque en citant pêle-mêle Jean-Paul, Sonia, Jean-Charles, Karl…« Nous étions insouciants » précise-t-elle, la suite de l’histoire le confirme…
En 1985, un groupe d’investisseurs japonais prend des intérêts dans la société et développe des licences au Japon. De son côté, Chantal continue le prêt-à-porter et la lingerie (qui ne représentent que 10% du chiffre d’affaires) mais l’idée est de conserver une image « made in Paris » pour le marché japonais, le marché français s’atrophie.
Le temps se gâte.
1993, la crise frappe le Japon et les parts sont cédées à des Italiens. Chantal est licenciée de sa société en 1995.
Elle créée alors pour d’autres marques et d’autres groupes ( Dim, Victoria secret..) mais elle a un but : reprendre les commandes de sa société.
En 1998, c’est chose faite, par l’intermédiaire du Groupe Sarah Lee (propriétaire d’un grand nombre de marques de lingerie dans le monde) la société « Chantal Thomass » est rachetée et Chantal retrouve ses fonctions de créatrice.
Pour Chantal Thomass, la structure du Groupe présente des avantages en terme de prix des matières premières et d’arrangements fournisseurs mais elle reconnaît, cependant, que les contraintes imposées sont parfois pesantes.

Aussi, elle évoque sa volonté de vouloir créer une ligne spécialement conçue pour les femmes ayant subie l’ablation d’un sein suite à un cancer et explique qu’elle ne parvient pas à obtenir d’accord financier sur ce point ; une collection est souvent travaillée selon les exigences marketing du moment.
Sa frange assombrit son regard, il est loin le temps des soirées du Palace entre Karl et Jean-Charles.
Vite Chantal sort des ses pensées rêveuses, elle fait quand même ce qu’elle veut et ce qu’elle aime : de la lingerie coquine, mais non vulgaire, pour une femme qui s’aime et aime être aimée.
De toute façon, elle reconnaît que le groupe Sarah Lee la laisse encore s’amuser en multipliant les collaborations, qu’elle fait toujours en cohérence avec son histoire : une machine à laver capitonnée pour dessous fragiles (Vedette), une ligne de cosmétiques pour jeune première (Nivea), des objets de décoration pour salle de bains boudoirs. Chantal n’a pas peur des défis.
Elle évoque la concurrence mais ne semble pas s’en inquiéter, et pour cause, elle est définitivement la seule à proposer à ce niveau de qualité un produit décalé et sensuel.
Deux heures se sont écoulées, deux heures d’échanges et de questions au gré d’un récit tendre et sincère. Et, finalement, Madame Chantal THOMASS conclut « La vie est toujours un concours de circonstances et les miennes n’étaient pas trop mauvaises».
par
Raphaèle SABATIER, étudiante 20ème Promotion.